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Article du New York Times sur l'innovation technologique (traduction)

06.09.2017

Préparez-vous aux bouleversements technologiques

en anticipant l'inconcevable

 

Par SENDHIL MULLAINATHAN - New York Times, 2 septembre 2017

Lien vers l'article original en anglais : cliquez ici 

 

Les voitures autonomes pourraient bien bouleverser le secteur des transports et faire disparaître près d’un million d'emplois. Les algorithmes sachant interpréter les IRM mettent en danger un secteur médical tout entier. Et la liste des métiers et des secteurs bientôt obsolètes ne cesse d'augmenter.

 

Les nouvelles technologies secouent l'économie sur tous les fronts. Si les prévisions sont précises et plutôt sombres, de plus grands changements encore sont certainement encore devant nous. Nous devons nous préparer à de futures turbulences.  

Mais nous nous préparons peut-être de la mauvaise manière.

 

L'histoire et la psychologie nous enseignent que notre capacité à prédire le futur est limitée, alors que notre capacité à croire ces prédictions est, elle, sans limites. Nous nous sommes toujours fait surprendre.

 

Plutôt que de faire des projets sur la base des changements précis que nous imaginons, il serait préférable de nous préparer à l'inconcevable c'est-à-dire au changement lui-même.

 

Il n'est pas si difficile de se préparer à l'inconnu, mais cela implique des transformations profondes de nos politiques en matière d'éducation, d'emploi et de sécurité sociale.

Prenons par exemple l'éducation. Pour nous préparer à des changements particuliers, nous commencerions à modifier les programmes scolaires pour y intégrer les compétences nécessaires dans le futur selon nous. Ainsi la programmation pourrait devenir un enseignement de base dans les écoles secondaires. Une sage décision qui nous assurerait une main-d’œuvre plus productive.

 

Mais peut-être que l'évolution rapide de la technologie signifie que dans quelques décennies, nous parlerons aux ordinateurs, nous ne les programmerons plus. Dans ce cas, des millions de personnes auront investi dans une compétence qui sera aussi démodée que la calligraphie.

 

A contrario, plutôt que de changer le contenu des enseignements, nous pourrions changer le moment où ils interviennent. 

Actuellement, toute notre scolarité se situe très tôt dans notre vie. Des compétences particulières peuvent être développées au travail, mais les fondamentaux sont acquis à l'école lorsque nous sommes jeunes. Apprendre au tout début et utiliser ces connaissances tout au long de sa vie : cette séquence n’est valable que pour un monde où les compétences utiles demeurent constantes.

 

Mais dans un monde en mutation rapide, les fondamentaux, très utiles il y a quelques dizaines d’années peuvent devenir obsolètes et de nouvelles compétences essentielles faire leur apparition. Toute personne qui a fait l'expérience d'aider un grand-père ou une grand-mère à utiliser un ordinateur le sait bien.

 

À partir du moment où nous reconnaissons que le capital humain, tout comme la technologie, a besoin de se renouveler, nos institutions doivent être repensées pour fournir une éducation plus tardivement dans la vie des gens. Nous n'avons pas simplement besoin de programmes de formation pour des populations niches ou pour certaines circonstances, ni de programmes éducatifs coûteux et courts pour cadres, ni de brèves parenthèses comme les conférences TED. Nous avons besoin d’éducation et de formation en profondeur comme nous en bénéficions habituellement à l'âge de 13 ans.

 

Nous devons également prendre conscience que les bouleversements macroéconomiques signifient instabilité et perturbations au niveau personnel. Une vie professionnelle sera une vie de changement, de mobilité entre différentes entreprises, différents métiers, au sein de plusieurs carrières et dans d’autres villes.

Chaque changement a un coût financier et personnel que ce soit de ne pas toucher de paye, de devoir chercher un nouveau logement ou une nouvelle école ou de s'adapter à un nouveau métier. Nous ne pouvons pas espérer créer une économie dynamique et flexible sans faire en sorte que ces transformations soient aussi indolores que possible.

 

Enfin, nous pouvons tirer des enseignements de l’analyse visionnaire de l’économiste Joseph Schumpeter au sujet des entrepreneurs. Selon lui, pour que les innovations se propagent et améliorent nos vies, il y a toujours une destruction créatrice. Ainsi, pour que de nouvelles entreprises et de nouveaux secteurs se développent, d’autres entreprises et d’autres secteurs existants doivent mourir.

 

Même s’il faut rester prudent en anticipant que les voitures autonomes bouleverseront le transport routier ou que les drones de livraison tueront les supermarchés, soyons sûrs qu’une certaine destruction créatrice est en cours.

 

Nos politiques actuelles (et nos pulsions) nous poussent à résister à cette destruction. Lorsqu’un  

grand fabricant est sur le point de mettre la clé sous la porte, des filiales et des politiques entrent en jeu pour empêcher sa fermeture. Mais pendant que nous sauvons une usine, nous faisons obstacle à l’avènement des nouvelles technologies ; plutôt que de soutenir des entreprises existantes nous devrions permettre à l’innovation de suivre son cours.

 

Si cette idée vous met mal à l’aise, c’est probablement parce que nos politiques ne font rien de nos jours pour protéger les plus vulnérables face aux coûts de cette destruction. Nous nous refusons à laisser fermer des usines, car nous nous inquiétons de ce qu’il arrivera à ses salariés. Mais si nous avions un système de sécurité sociale qui permettrait aux travailleurs de circuler de manière fluide entre les emplois, il nous serait plus facile de laisser les entreprises suivre leur cycle de vie et de mort naturel.

Dans les années 90, le Danemark s’est mis à adopter ce qu’on appelle aujourd’hui la « flexisécurité », une combinaison de politiques favorisant une économie flexible en faveur de la nécessaire destruction créatrice, et de politiques défendant la sécurité de l'emploi. Les Danois ont également mis l’accent sur la formation tout au long de la vie, en octroyant aux salariés une aide financière durant les phases de transition entre deux emplois ou deux situations.

 

À l’inverse, l’approche actuelle des États-Unis pourrait s’intituler la « flexi-insécurité », un modèle peu adapté pour se préparer à une économie faite de changement rapide.

 

Il existe certainement beaucoup d’autres façons de faire face aux bouleversements. Nous devrions élargir la discussion qui est aujourd’hui centrée sur les drones, la fin du travail ou la perspective d’algorithmes super-intelligents qui gouverneront le monde, et aborder aussi les propositions innovantes pour gérer l’inattendu.

La politique sociale d’apparence ennuyeuse représente un problème, si on la compare aux scénarios merveilleux qui nous expliquent jusqu’où les technologies actuelles pourraient nous mener. Comment voulez-vous que les détails de l’assurance chômage intéressent autant que les films décrivant la naissance de l’ordinateur Skynet, le réseau neuronal diabolique de la série des « Terminator » ?

 

Et pourtant, même la science-fiction nous apprend l’humilité.

Prenez par exemple « Star Trek ». Le futur imaginé dans ce film est tellement extraordinaire qu’il frise l’impossible. Contournant les lois de la physique connues, des vaisseaux voyagent plus vite que la lumière et les technologies mystérieuses sont courantes. Elles permettent de désassembler les personnes atome par atome pour les transporter ailleurs, en conservent leurs souvenirs et leur conscience intacts. Tout aliment peut être dupliqué instantanément.

 

Cependant, même les scénaristes inventifs de « Star Trek » observant le futur, n’ont pas réussi à imaginer un vaisseau Enterprise complètement autonome. Si à certains moments, il semble fonctionner sur pilote automatique, il a régulièrement besoin d’un pilote aux commandes et il est équipé d’une vitre panoramique ressemblant étrangement à un pare-brise de voiture.

 

La réalité dépassera nos imaginations : c'est la plus certaine de toutes les prévisions. Élaborons donc nos politiques en fonction de ce qui, à n'en pas douter, va nous surprendre et non pas en fonction uniquement de ce que nous prévoyons.

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